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Publié le 7 juillet 2026

Maladie du légionnaire : situation en Suisse et dans la Principauté de Liechtenstein en 2025

Le nombre de déclarations de la maladie du légionnaire augmente en Suisse depuis 2001. Après une baisse en 2020, probablement due à la pandémie de COVID-19, la hausse s’est poursuivie les années suivantes. Avec 6,8 cas pour 100 000 habitants, l’année 2022 a enregistré le taux de déclaration le plus élevé à ce jour pour la Suisse et la Principauté de Liechtenstein. Bien que l’incidence ait baissé à 5,5 cas pour 100 000 habitants en 2024, elle est remontée à 5,8 cas en 2025. Les dernières évolutions ne permettent pas de déterminer avec certitude si le taux de déclaration continuera d’augmenter à long terme.

Introduction

Depuis 1988, les résultats d’analyses positifs obtenus en laboratoire pour Legionella spp. avec des échantillons humains sont soumis à déclaration en Suisse et dans la Principauté de Liechtenstein. Les définitions de cas comportent des cas probables et certains. La surveillance se concentre sur les cas confirmés en laboratoire et associés à une pneumonie. Cette forme de légionellose est désignée par le terme de « maladie du légionnaire ». C’est généralement dans les hôpitaux que les personnes atteintes d’une pneumonie sont soumises à un test de routine de détection des légionelles ; dans les cabinets de médecine générale, une telle détection de l’agent pathogène est plutôt rare [1]. Par conséquent, une grande partie des cas déclarés sont hospitalisés. Les patients atteints d’une maladie du légionnaire confirmée présentent généralement un tableau clinique sévère. Environ 5 % sont déjà décédés au moment de la déclaration [2].

Évaluation de la situation

En 2025, 529 cas de maladie du légionnaire, probables ou certains, ont été déclarés auprès de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Ils concernent des personnes souffrant d’une pneumonie et chez lesquelles une analyse en laboratoire a révélé une infection par des légionelles (concernant la classification des cas, voir le guide de la déclaration obligatoire (pdf)). Sur ces 529 personnes, 527 étaient domiciliées en Suisse et deux au Liechtenstein. Les taux de déclaration calculés pour la Suisse et le Liechtenstein s’élevaient respectivement à 5,8 et 4,9 cas pour 100 000 habitants.

En 2025, le taux de déclaration en Suisse a légèrement augmenté par rapport à 2024, où il s’élevait à 5,5 pour 100 000 habitants [3]. Le nombre relativement faible d’habitants et de cas au Liechtenstein entraîne des variations annuelles plus importantes dans le taux de déclaration, ce qui ne permet pas de se prononcer clairement sur la tendance à court terme dans la Principauté.

Pour les deux pays réunis, le taux de déclaration était de 5,8 cas pour 100 000 habitants en 2025. La figure 1 présente les nombres de cas déclarés et les taux de déclaration depuis le début de la surveillance en 1988. Après une première diminution du nombre de cas depuis la pandémie en 2024, une légère augmentation a de nouveau été observée en 2025 par rapport à l’année précédente. Il est actuellement encore impossible de déterminer s’il s’agit d’un nouveau mouvement à la hausse ou d’une stabilisation de la tendance.

Sévérité

La majeure partie des cas déclarés de maladie du légionnaire sont traités à l’hôpital. En 2025, ils représentaient 92,5 % des cas (figure 2), soit une légère augmentation par rapport à la moyenne des dix dernières années (90,2 %) : sur la décennie 2004-2013, la proportion moyenne d’hospitalisations était encore de 94,2 %.

Répartition géographique

Le tableau 1 présente le nombre de cas et le taux de déclaration pour 100 000 habitants ces cinq dernières années pour l’ensemble de la Suisse, pour le Liechtenstein et pour chacun des cantons suisses. Les cantons sont classés par ordre alphabétique. Leurs taux de déclaration ont fait l’objet d’une standardisation directe selon l’âge et le sexe, sur la base des données démographiques 2024.

En 2025, le taux de déclaration cantonal le plus bas était de zéro, et le plus élevé de 12,1 cas pour 100 000 habitants. À cette grande hétérogénéité géographique s’ajoutent pour un même canton d’importantes variations selon l’année. Une partie des différences observées s’explique par le faible nombre de cas, en particulier dans les petits cantons. On relève une constante : depuis plus de vingt ans, le canton du Tessin présente des taux annuels nettement plus élevés que la moyenne nationale.

La figure 3 montre la répartition des taux de déclaration dans les cantons et au Liechtenstein pour les années 2022 à 2025. Il s’agit d’une cartographie des taux standardisés indiqués dans le tableau 1.

Qu’est-ce qu’une légionelle ?

Les légionelles sont des bactéries qui vivent dans les milieux aquatiques et humides. Elles se multiplient particulièrement bien à des températures entre 25 et 45 °C. On les trouve aussi bien dans les environnements naturels que dans ceux créés par l’être humain, comme les conduites d’eau, les bains à remous, les systèmes de ventilation et les tours de refroidissement. L’infection se produit par l’inhalation de fines gouttelettes d’eau pulvérisées (aérosols) contenant des légionelles. Plus rarement, elle est due au passage involontaire d’eau contaminée par des légionelles dans les voies respiratoires au lieu des voies digestives (broncho-aspiration). L’ingestion d’eau contaminée n’est pas dangereuse, car ces bactéries sont détruites dans l’estomac par l’acide gastrique.

Saisonnalité

Comme toutes les années, il y a eu plus de cas en été qu’en hiver, même si la différence était moins marquée que les années précédentes. La plupart des cas ont été déclarés entre août et septembre 2025 (figure 4). En comparaison avec les années précédentes, où des pics importants ont été observés au cours de certains mois, la saisonnalité en 2024 et 2025 a affiché une courbe plus plate.

Répartition des cas par sexe et par âge

En 2025, comme depuis le début de la surveillance, les hommes âgés ont été les plus touchés par la maladie du légionnaire. Les personnes de sexe masculin représentaient 66 % des cas, contre 68 % en moyenne sur les dix dernières années.

L’âge médian était de 68 ans ; autrement dit, la moitié des personnes atteintes avaient plus de 68 ans. Cette médiane est proche de celle des dix dernières années, à savoir 66 ans. Le taux de déclaration le plus élevé, 23,4 cas pour 100 000 habitants, a été observé dans la classe d’âge des 80 ans et plus. La figure 5 présente l’évolution du taux de déclaration par classe d’âge au cours des dix dernières années. Elle montre clairement que le taux de déclaration augmente avec l’âge et que la tendance temporelle à la hausse s’observe surtout dans les classes d’âge supérieures. Le risque plus élevé de maladie du légionnaire chez les personnes âgées, en particulier de sexe masculin, s’observe également au niveau international [4].

Diagnostic

La légionellose peut être détectée au moyen de différents procédés de diagnostic, notamment un test antigénique, des plaques de culture cellulaire, un test PCR ou (plus rarement) des méthodes sérologiques. La figure 6 indique les méthodes de détection utilisées pour les cas de maladie du légionnaire déclarés en 2025. Plusieurs méthodes peuvent être enregistrées par cas. Le test antigénique a été nettement plus utilisé (69 %) que le test PCR (20 %) et la culture cellulaire (11 %). La prédominance de ce test s’explique notamment par sa rapidité, son coût abordable et sa facilité d’utilisation dans la pratique clinique quotidienne. Toutefois, le recours fréquent au test antigénique restreint les possibilités de typage moléculaire et, par conséquent, la comparaison entre les isolats cliniques et les isolats environnementaux dans le cadre de la recherche de la source d’infection.

Exposition

La déclaration des résultats émanant d’analyses cliniques doit indiquer les lieux d’exposition possibles et les sources de contamination présumées. Ces informations servent à la recherche des sources. Le lieu d’exposition et la source d’infection ne sont donc pas encore confirmés au moment de la déclaration, mais sont déjà utilisés pour classer les cas en cinq catégories d’exposition, afin de déceler des tendances :

  • si la personne vit dans une maison de retraite, le cas est considéré comme « associé à une maison de retraite » ;
  • si elle était hospitalisée deux à quatorze jours avant les premiers signes de la maladie, le cas est classé comme « nosocomial » ;
  • si l’infection a pu être contractée dans l’exercice de la profession, le cas est considéré comme « associé à la profession » ;
  • enfin, si la personne a séjourné dans un hôtel ou dans un autre lieu hors du domicile dans les deux à quatorze jours précédant les premiers signes de la maladie, le cas est classé comme « associé au voyage ».
  • Tous les autres cas sont considérés comme « contractés dans l’environnement quotidien ». Cette catégorie comprend des sources telles que la douche, les humidificateurs ou encore le terreau de plantes. Les cas d’infection supposément dus à des aérosols provenant d’une tour de refroidissement sont également classés dans cette catégorie, qui regroupe aussi les cas sans indication concernant une source d’infection potentielle.

La figure 7 montre les pourcentages de cas selon la catégorie d’exposition pour les dix dernières années. En 2025, 83,4 % des cas appartenaient à la catégorie « environnement quotidien ». Les cas restants se répartissaient entre les catégories « associé au voyage » (11,3 %), « associé à une maison de retraite » (4,0 %), « nosocomial » (0,7 %) et « associé à la profession » (0,6 %).

Comparaison internationale

On observe également une augmentation des cas de maladie du légionnaire dans l’Union européenne (UE) [4]. Cependant, le taux moyen de déclaration y est plus faible : en 2024, il était de 3,1 cas pour 100 000 habitants [4]. Ce taux est hétérogène entre les États membres et, comme en Suisse, il existe des différences régionales au sein d’un même pays. En 2024, dans les pays limitrophes de la Suisse et du Liechtenstein, il était de 2,4 en Allemagne, de 3,3 en Autriche, de 2,7 en France et de 7,6 en Italie [4]. Ces pays, de même que l’UE globalement, présentent donc des taux de déclaration nettement plus bas que la Suisse et le Liechtenstein pris ensemble, à l’exception de l’Italie. Les causes de ces écarts sont incertaines et probablement multifactorielles. Les différences dans les systèmes de surveillance et de test (y compris le comportement en matière de tests) et les variations climatiques constituent des facteurs d’influence possibles.

Discussion

Depuis une vingtaine d’années, les cas de maladie du légionnaire sont en augmentation en Suisse. Le taux de déclaration, qui permet de tenir compte de la croissance démographique pendant cette période, s’accroît également. Le taux d’hospitalisation ne montre qu’une légère tendance à la baisse et demeure très élevé. En conséquence, le nombre annuel d’hospitalisations a également augmenté au fil du temps.

Ce phénomène ne peut pas s’expliquer seulement par une multiplication des tests. Une étude a montré que les tests sur des échantillons humains avaient plus que doublé en Suisse entre 2007 et 2016. Or, le taux de positivité, c’est-à-dire la proportion de résultats positifs par rapport à l’ensemble des tests effectués, n’a pas diminué, mais est resté constant [5]. L’augmentation observée des cas s’explique probablement aussi par l’évolution démographique. Au cours du 20e siècle, l’espérance de vie à la naissance s’est fortement accrue [6], ce qui a entraîné une augmentation de la population dans les classes d’âge les plus élevées au cours des deux premières décennies du 21e siècle. Comme le montrent les taux de déclaration en fonction de l’âge, les personnes âgées présentent un risque plus élevé de contracter la maladie du légionnaire. Selon les prévisions démographiques, les classes d’âge supérieures gagneront encore en effectifs, ce qui devrait entraîner une nouvelle augmentation des cas dans un avenir proche.

Outre cette évolution démographique, divers autres facteurs sont susceptibles d’agir sur le nombre de cas. Les changements climatiques, par exemple, peuvent avoir des effets sur la prévalence [7]. L’évolution du comportement de la population peut aussi être déterminante quant au risque d’exposition. En outre, les modifications dans le domaine du bâtiment, notamment celles concernant les installations techniques, influent sur la présence de légionelles et donc sur le risque d’infection. Les recommandations communes de l’OFSP et de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) sur les légionelles et la légionellose sont importantes à cet égard [8]. Elles sont régulièrement révisées module par module sur la base des nouvelles connaissances scientifiques.

Collaboration au niveau fédéral selon l’approche « Une seule santé » et projets de recherche

Plusieurs autorités fédérales coopèrent étroitement pour lutter contre l’augmentation des cas. Entre autres, elles publient les recommandations communes mentionnées plus haut [8]. Un résumé des activités de lutte contre la légionellose menées au niveau fédéral est disponible sur la page Légionellose (maladie du légionnaire) (voir onglet « Documents »).

En outre, la Confédération a commandé ou subventionné deux projets de recherche afin de renforcer les bases scientifiques servant à prévenir et à combattre la maladie du légionnaire. Dans le cadre du projet « LeCo : lutter contre les légionelles dans les bâtiments », cette question a été examinée. Les recommandations qui en découlent portent notamment sur des aspects liés au diagnostic, à la santé publique et aux techniques de construction. Ces recommandations et la position de la Confédération sont publiées sur le site de l’OSAV. Le deuxième projet, SwissLEGIO, une étude des cas témoins achevée en 2025, a livré des informations essentielles sur l’épidémiologie complexe de cette maladie. Il en ressort que diverses sources d’infection et des facteurs individuels, sociaux et environnementaux peuvent participer au risque de contracter la maladie. Vous trouverez de plus amples informations sur ces projets en cliquant sur les liens suivants.

Projet LeCo : lutter contre les légionelles dans les bâtiments | www.aramis.admin.ch

SwissLEGIO : étude nationale cas-témoins sur la légionellose en Suisse (en anglais) | www.swisstph.ch

Informations complémentaires

Bibliographie

  • Fischer FB, Deml MJ, Mäusezahl D. Legionnaires’ disease – a qualitative study on Swiss physicians’ approaches to the diagnosis and treatment of community-acquired pneumonia. Swiss Med Wkly. 2022 May 2 [cited 2024 Jul. 16];152(1718):w30157. Available from: https://smw.ch/index.php/smw/article/view/3190.
  • Fischer FB, Fanderl J, Mäusezahl D, Wymann MN. Évolution dans le temps et influence de différents facteurs sur la distribution géographique de la maladie du légionnaire en Suisse. OFSP Bulletin 2022 ; no 3 : 8-11.
  • Office fédéral de la santé publique. Maladie du légionnaire : rapport de situation Suisse 2022. 2024. Disponible sur : Légionellose (maladie du légionnaire).
  • European Centre for Disease Prevention and Control (ecdc), Surveillance Atlas of Infectious Diseases (europa.eu), accessed 18th June 2026.
  • Fischer FB, Schmutz C, Gaia V, Mäusezahl D. Legionnaires’ disease on the rise in Switzerland: A denominator-based analysis of national diagnostic data, 2007–2016. Int J Environ Res Public Health. 2020;17(19):7343. PubMed PMID: doi: https://doi.org/10.3390/ijerph17197343.
  • Office fédéral de la statistique. Espérance de vie. 2024. Disponible sur : Espérance de vie | Office fédéral de la statistique OFS.
  • Han XY (2021) Effects of climate changes and road exposure on the rapidly rising legionellosis incidence rates in the United States. PLoS ONE 16(4): e0250364. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0250364.
  • Office fédéral de la santé publique et Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. Légionelles et légionellose : recommandations OFSP/OSAV. 2018. Disponible sur : Eau de douche et de baignade.

Office fédéral de la santé publique OFSP

Division Maladies transmissibles
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