«L’objectif doit être d’empêcher les interventions médicales inutiles»

Berne, 20.4.2018 - Le directeur de l’Office fédéral de la santé publique, Pascal Strupler, s’est exprimé sur le site Watson au sujet de la hausse des coûts de la santé. Il en a profité pour critiquer la proposition d’instaurer une franchise à 10'000 francs, en soulignant l’importance du principe de solidarité dans le système de santé. Il reconnaît que les coûts représentent un problème majeur mais rappelle les projets en cours pour améliorer la situation.

P.-Strupler

Supposons que chaque citoyen doive lui-même payer ses factures médicales jusqu’à concurrence de 10 000 francs par an : qu’adviendrait-il de notre système de santé ?
Cette idée ébranle les fondements de notre système d’assurance. Seuls les risques élevés tels que les maladies oncologiques seraient encore assurés. Les personnes vivant dans des conditions économiques modestes aussi bien que les malades chroniques en seraient pour leurs frais.

La directrice de la caisse-maladie CSS a réfléchi tout haut à une telle franchise minimale de 10 000 francs. La franchise la plus basse serait ainsi 33 fois plus élevée qu’aujourd’hui. Une provocation à bon marché ?

Bon marché n’est peut-être pas le terme qui convient le mieux dans ce contexte (rires). La proposition est radicale et sape le principe de solidarité. De plus, elle n’est pas susceptible de réunir une majorité et ne convient donc pas pour endiguer la hausse des coûts dans le système de santé.

Derrière cette revendication se cache l’idée fondamentale que les assurés doivent agir de manière responsable. Suivant le principe : dans le doute, mieux vaut avaler une aspirine que de courir chez le médecin. Cette approche est-elle si erronée ?

Il est important que chaque patient prenne ses responsabilités. Nous avons besoin de sensibilisation dans ce domaine – mais pas à coups de massue. Différents modèles visent déjà à ce que les assurés ne consultent pas tout de suite un médecin, à l’instar des conseils télémédicaux.

Les primes ont plus que doublé ces 20 dernières années. Tant les citoyens que les politiciens déplorent cette évolution – et il ne se passe rien. Comment l’expliquer ?

Il est évident qu’il faut agir de toute urgence. En 2016, le Conseil fédéral a chargé un groupe international d’experts d’élaborer des mesures pour nous permettre d’endiguer la hausse des coûts. Un premier paquet de mesures sera envoyé en consultation cette année, notamment un projet d’article relatif aux projets pilotes pour soutenir les projets novateurs qui visent à réduire les coûts. En baissant le prix des médicaments, l’OFSP a déjà obtenu des économies de 800 millions de francs ces dernières années – ce n’est pas rien.

Certains arguent que ce sont des emplâtres sur une jambe de bois. Ils croient plutôt qu’une opération à cœur ouvert s’impose si nous voulons sauver notre système de santé.

C’est vrai : si nous n’entreprenons rien de décisif maintenant, le risque existe que nous conduisions notre système de santé droit dans le mur. Mais il n’y a pas de remède miracle pour résoudre tous les problèmes d’un coup. Nous devons agir à tous les niveaux du système de santé et mettre tous les acteurs à contribution : les hôpitaux, les médecins, les cantons, la Confédération, les assureurs et en fin de compte aussi les patients.

Qui a besoin d’une prise de conscience de toute urgence ?

Le corps médical et les patients. Nous devons tout mettre en œuvre pour éviter les interventions médicales inutiles. « Less is more », telle est la devise. Nous avons besoin d’une médecine qui se limite à l’essentiel, sans rationnement. Pour ce faire, il faut sensibiliser les médecins au cours de leur formation et développer une conscience de la santé et des coûts via l’éducation et l’école.

Le PDC souhaite ancrer un frein aux dépenses dans le système de santé à travers une initiative populaire. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

L’initiative permet d’alimenter le débat sur une prise de conscience par rapport aux coûts de la santé et je trouve que c’est une bonne chose. Mais il ne m’appartient pas d’en commenter davantage. Pour l’OFSP, la priorité est le paquet de mesures du Conseil fédéral.

Est-ce que les primes pourraient baisser si les mesures atteignent l’effet attendu?

Nous devons être réalistes. La population devient plus âgée, et cela contribue à augmenter les coûts. L’innovation dans les domaines de médecine et de la pharma contribue également à l’augmentation des coûts. Les mesures proposées visent à donner une bouffée d’air frais et à faire en sorte que la courbe des coûts augmente moins fortement.  

L’assurance de base rembourse aujourd’hui les granules homéopathiques et de nombreuses assurances complémentaires paient les abonnements de fitness et les lentilles de contact. Comprenez-vous le reproche selon lequel l’assurance maladie est devenue une assurance Lifestyle ?

L’assurance maladie obligatoire garantit aujourd’hui des soins de base généreux, mais les traitements Lifestyle n’en font pas du tout parti. Les assurances complémentaires sont conclues sur une base volontaire par ceux qui souhaitent des prestations supplémentaires. Les complémentaires ont également tendance à faire augmenter indirectement les coûts de l’assurance de base. Nous devrons y prêter une attention particulière.

Il est donc hors de question pour vous de réduire des prestations dans l’assurance de base?

L’objectif doit être d’empêcher les interventions médicales inutiles. Pour cela, la Confédération examine actuellement dans le cadre de ce qu’on appelle les Health Technology Assessments plusieurs interventions pour déterminer leur efficacité.

Les primes ne devraient pas rogner plus du 8% du revenu des ménages. Telle était la promesse lors de l’introduction de l’assurance maladie obligatoire. Aujourd’hui, un jeune travailleur consacre en moyenne 12% de son revenu aux primes.

Il est vrai que la charge est toujours plus lourde pour les ménages. C’est la raison pour laquelle des mesures efficaces doivent être mises en œuvre le plus rapidement possible.

Pendant que les primes montent, les cantons économisent dans les réductions de primes. Est-ce acceptable de votre point de vue ?

Il est effectivement problématique que les cantons réduisent leur participation dans ce domaine. Mais les discussions sont en cours à ce sujet.

Plus la situation est précaire, plus les appels à des solutions radicales se font entendre. Certains politiciens de droite caressent le rêve de rendre à nouveau l’assurance-maladie facultative. Et l’idée d’une caisse unique est récurrente à gauche. Qu’en pensez-vous : combien de temps les assurés soutiendront-il encore le système actuel ?

Les idées radicales sont toujours tentantes quand les gens ne voient plus d’autre échappatoire. Comme je l’ai dit : si rien ne change, notre système risque bel et bien de perdre des soutiens. Mais pour l’instant, nous voyons dans les enquêtes qu’une large majorité est satisfaite, au fond. C’est pourquoi des propositions comme la caisse unique n’avaient jusqu’ici aucune chance dans les urnes.

En tant que directeur de l’OFSP, vous portez aussi une part de responsabilité si la tentative de sauvetage échoue. Comment gérez-vous cette pression ?
Il y a beaucoup de bonnes propositions sur la table. J’ai bon espoir que nous obtenions des résultats si l’idée s’impose qu’il est grand temps d’agir.

Dernière modification 20.04.2018

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